Rallye Ain-Jura

Le Rallye Ain-Jura 2026 restera forcément un week-end à part dans notre aventure en rallye.
Pas seulement à cause de la sortie de route et de l’abandon, mais surtout par toutes les émotions vécues pendant ces deux jours : l’excitation avant le départ, l’espoir qui grandissait spéciale après spéciale, puis cette sensation de tout voir s’arrêter brutalement en quelques secondes.

Avant toute chose, nous voulions remercier toutes les personnes qui nous ont envoyé des messages après l’accident. Honnêtement, nous ne pensions pas recevoir autant de soutien. Amis, concurrents, passionnés, bénévoles, spectateurs… les messages ont été extrêmement nombreux et cela nous a beaucoup touchés.

Rassurez-vous avant tout : nous allons bien.
Lilian est ressorti de l’hôpital sans séquelles malgré un gros mal de dos, et de mon côté je n’ai pas été blessé. C’est évidemment le principal, même si la déception reste immense aujourd’hui.

Un rallye très important pour nous

Ce Rallye Ain-Jura représentait beaucoup.

C’était notre premier rallye inscrit au Championnat de France 2e division, avec un plateau très relevé, des spéciales magnifiques et une vraie ambiance de grand rendez-vous. L’objectif était clair avant le départ : aller chercher de gros points pour espérer une qualification à la Finale de la Coupe de France.

Après notre Rallye du Bassin Annonéen, la voiture avait parfaitement fonctionné et nous arrivions en confiance. Lilian était particulièrement heureux de participer à une épreuve de ce niveau et l’ambiance dans la classe N2S était excellente avant même le départ. Malgré la concurrence, il y avait beaucoup de respect et une vraie convivialité entre équipages.

Un vendredi piégeux

Le vendredi, quatre spéciales étaient prévues : deux de jour puis deux de nuit.

La météo était extrêmement compliquée avec une grosse averse orageuse juste avant le départ. Nous décidons alors de partir en pneus pluie pour le premier tour. Un choix prudent mais cohérent compte tenu des conditions.

Le rythme reste volontairement sage dans les premières spéciales, l’objectif étant avant tout d’éviter une erreur prématurée. Finalement, ce choix s’avère payant puisque nous terminons le premier tour en tête de la classe N2S.

Pour le deuxième passage, nous décidons de conserver les mêmes pneus. Avec le recul, ce n’était peut-être pas la meilleure décision. La nuit tombe progressivement et les conditions deviennent encore plus délicates. Je ne suis pas totalement à l’aise dans ces spéciales très rapides et très techniques.

Pendant ce temps, nos concurrents directs — qui connaissent parfaitement les routes — améliorent fortement leurs chronos alors que nous perdons une dizaine de secondes par rapport au premier passage.

Nous terminons finalement la journée à la 3e place de classe.

Rien n’est perdu, mais il faudra hausser le rythme le lendemain.

Le samedi : retour dans le match

Le samedi matin, changement total de décor.
Le soleil est présent et les températures grimpent rapidement.

Nous montons les slicks pour attaquer trois boucles de trois spéciales, avec notamment la célèbre spéciale surnommée localement : “Le chemin de la guerre”.

Et honnêtement, le nom n’est pas volé.

Entre les cordes remplies de gravier, les portions très sales et les changements d’adhérence permanents, cette spéciale est un véritable piège. Pendant une bonne partie du premier tour, il faut surtout réussir à nettoyer les pneus et retrouver du grip.

La troisième spéciale du tour sera clairement notre meilleure. Les sensations reviennent, nous pouvons enfin rouler avec confiance et cela nous permet de remonter à la 2e place de classe.

Au départ de la deuxième boucle, les conditions ont légèrement évolué. Il y a un peu moins de gravier sur la route et davantage d’adhérence. Nous améliorons notre chrono d’environ 30 secondes par rapport au premier passage.

Puis un concurrent abandonne.

Nous récupérons alors la tête de la classe N2S.

À ce moment-là, le rêve commence vraiment à devenir possible.

L’ES9 : quelques secondes qui changent tout

Nous arrivons au départ de l’ES9 après un court arrêt de course.
L’ambiance est détendue avec les autres équipages de la classe. On plaisante, on échange quelques mots… rien ne laisse imaginer ce qui va suivre.

Le départ est donné.

Dès le premier virage, à très faible vitesse, la voiture part soudainement en tête-à-queue. Immédiatement, cela paraît étrange.

Nous repartons sans dégâts, mais environ 500 mètres plus loin, dans un droite pourtant pris beaucoup moins vite qu’au premier passage, la voiture décroche brutalement de l’arrière.

Je réussis une première correction.

Puis, au moment où la voiture revient droite, le train arrière décroche à nouveau instantanément, comme si nous roulions sur une plaque de verglas.

Cette fois, il n’y a plus assez de place.

La voiture part en tonneaux dans le ravin.

Une explication probable

Avec le recul, nous pensons avoir compris ce qu’il s’est passé.

Lors du passage précédent dans “Le chemin de la guerre”, la chaleur avait fortement fait remonter le goudron à la surface de la route. Les pneus arrière ont littéralement “rechapé” avec du goudron collé dessus.

Pendant la liaison, les pneus avant se sont correctement nettoyés, mais pas les pneus arrière.

Résultat : une adhérence extrêmement faible du train arrière au départ de l’ES9.

Cela expliquerait le premier tête-à-queue à très basse vitesse puis la perte totale d’adhérence quelques centaines de mètres plus loin.

Une énorme déception malgré tout

Le plus important est évidemment que nous soyons sortis de cette sortie sans blessure grave.

Mais la frustration reste immense.

Nous étions premiers de classe.
Une première victoire semblait possible.
Les espoirs de qualification pour la Finale étaient bien réels.

Et au-delà du sportif, les dégâts importants sur la voiture compliquent énormément la suite. Financièrement, il sera très difficile d’envisager un retour rapide en rallye, d’autant plus que cette voiture devait être vendue pour permettre un changement de catégorie.

Aujourd’hui, il est encore difficile de prendre du recul.

Mais malgré cette fin brutale, nous retiendrons aussi :

  • l’ambiance incroyable du rallye,

  • le soutien des autres équipages,

  • la qualité exceptionnelle de l’organisation,

  • et tous les messages reçus depuis le week-end.

Le rallye est un sport magnifique… parfois cruel aussi.